(De la signification de la vie humaine.)
" Ce monde-ci n’est que le vestibule du monde futur ; prépare-toi dans le vestibule afin de pouvoir pénétrer dans le salon. "
(Pirké Avoth 4, 21)
Explication sur la différence entre les devoirs imposés aux descendants d’Israël à travers les 613 commandements de la torah dont les dix paroles constituent le fondement — chiffre parfait, puisque nous avons l’habitude de compter selon le système décimal — et les commandements imposés aux descendants de Noa’h, basés quant à eux sur le chiffre 7, qui représente la perfection naturelle. Les descendants d’Israël servent de modèle par leur existence en tant que peuple de prêtres au sein de l’humanité, et doivent être tel l’artisan peignant tout travail de manière parfaite, exécutant chaque détail avec la plus grande minutie. Un descendant de Noa’h désirant l’imiter y est certes autorisé, mais n’y est nullement contraint. Il est très important de ne pas embrouiller les différents domaines : il est interdit aux Juifs d’influencer les descendants de Noa’h dans le but de les convertir ; de même, les descendants de Noa’h doivent-ils reconnaître le rôle particulier d’Israël. Un descendant de Noa’h qui fut ambassadeur de France, Bartolomé de St.-Hilaire (1805 - 1895), reconnu la tâche particulière des fils d’Israël et écrivit en réponse à un fascicule anglais traitant de la conversion éventuelle des Juifs : " Je me dépêche de te répondre : NON! A D. ne plaise que les Juifs deviennent chrétiens. Si les Juifs cessaient d’être ce qu’ils sont quant à leur foi, cela constituerait à mon avis le plus grand désastre dont l’espèce humaine puisse être frappée. Aucun peuple au monde n’a montré une telle force et un tel héroïsme dans la souffrance pour sa foi que le peuple d’Israël. Aucun peuple n’a eu une aussi grandiose influence religieuse sur l’humanité que le peuple Juif. Sa bible est le livre le plus grand parmi tous les écrits saints, et a fait d’Israël le peuple de D. Le jour où les Juifs deviendront chrétiens, cela sera une catastrophe insurmontable pour le monde ; il incombe aux Juifs de rester à jamais ce qu’ils sont, de rester à jamais ce qu’ils sont, de rester fidèles à ce pour quoi ils ont souffert durant trois millénaires et dont ma force est aussi vivace aujourd’hui qu’alors. S’il n’y avait pas de Juifs au monde, il n’y aurait pas d’enseignants ni de guides pour le genre humain en matière de foi, domaine dans lequel les Juifs n’ont pas leur pareil. Particulièrement de nos jours où la foi en D. a tendance à disparaître chez les hommes ce considérants comme "éclairés" et cultivés, nous ressentirions cette absence d’autant plus intensément. La conscience humaine a besoin de la protestation vivante du peuple d’Israël. "
L’écrivain français Ranouil écrivit également : " L’humanité hérita de l’ancien monde de trois enseignants : un maître dans la foi, la vertu et la morale : c’est le Juif; un maître dans la sagesse et la réalisation artistique : c’est le Grec ; un maître dans le droit : c’est le Romain. Nous avons appris tout ce que les Grecs et les Romains avaient à nous enseigner, et après avoir rempli leur rôle, ils disparurent ; tandis que le peuple Juif continue de vivre et d’exister. Ceci est un signe, car nous sommes tous tributaires de leur loi, et nous avons encore beaucoup à apprendre d’eux. "
La différence du nombre de commandements de la loi dont sont chargés les descendants d’Israël, par rapport à ceux dont sont chargés le reste des nations, est liée à leur devoir de servir d’exemple au monde entier. L’objet de cette différence n’est pas d’éviter leur influence sur les autres peuples, bien au contraire ; c’est justement par l’isolement volontaire et par la différenciation qu’Israël influence l’humanité entière. Il est possible que la raison profonde en soit que lorsque le peuple d’Israël vit selon la Torah et ses commandements il révèle au monde comment tout un peuple peut atteindre la plénitude spirituelle. L’existence d’Israël sur sa terre sera parfaite lorsque les 613 commandements seront vraiment et pleinement pratiqués ; Israël constituera alors un modèle de communauté ayant atteint la plénitude d’une société parfaite basée sur la sainteté et la pureté ; il n’est pas plus grande sanctification du nom divin.
Le rabbin Samson Raphaël Hirsch écrivit dans son livre " Die neunzehn briefe " (lettre 8) : " Israël a comme devoir d’être tel le prêtre au milieu du peuple ; telle une nation qui, au milieu de l’humanité, préserve l’enseignement divin ; d’accomplir cet enseignement en tant que " Goy Kadoch " ; d’être saint ; de ne pas imiter la conduite des autres peuples, et de ne pas souscrire à leurs aspirations ; de préserver dans sa propre vie, la sainteté humaine. La torah, la réalisation de la volonté divine, constitue son sol, sa terre, son but. De ce fait son caractère national n’est pas lié à l’éphémère, n’est pas conditionné par ce qui est passager, mais est éternel tels l’esprit et le coeur, telle la parole de l'Éternel. Seulement, Israël devait paraître au milieu des peuples, devait en tant que peuple, montrer aux peuples que D. est le détenteur et le pourvoyeur de toute bénédiction. "
Dans sa 16ème lettre, il écrivit : " Imaginez un instant l’image d’un Israël vivant librement parmi les peuples et aspirant à la réalisation de son idéal! Chaque fils d’Israël respecté en tant que prêtre, modèle de vertu pour ce qui est de la réalisation de la justice et de l’amour ; non pas représentant de la religion d’Israël, ce qui lui est défendu, mais répandant l’image d’une humanité pure parmi les peuples. Quel levier pour le progrès de l’éducation humaine, quelle lumière et étendard dans le moyen-âge des jours sombres ; si du moins le péché d’Israël et la folie des peuples n’avait refoulé cette image de l’exil ; si au milieu d’une humanité idolâtre, n’aspirant qu’à la force, la possession et la jouissance, — Humanité souvent assombrie par son aveuglement — avaient vécu tranquillement et publiquement, des hommes ne considérant la possession et la jouissance que comme des moyens pour exercer à l’encontre du monde la justice et l’amour ; si l’esprit de ces hommes avait été rempli de l’enseignement de la vérité et de la sagesse ; si ces hommes, humainement droits, avaient soutenu des opinions raisonnables et les avaient — en tant que symboles vivants et agissant — immortalisés, pour eux-mêmes et les autres... "
LES SEPT COMMANDEMENTS PRINCIPAUX.
1. Interdiction de l’Idolâtrie.
Cet interdit comprend :
- La défense de croire en des idoles ou en d’autres forces en dehors de celle de D., et évidemment, de nier son existence. C’est pourquoi, nous avons indiqué dans le chapitre précédent qu’un des principaux commandements ordonnés à l’homme est d’apprendre à connaître le Créateur du monde et sa providence, ainsi que de se donner une conception du monde basée sur la loi afin de parvenir à la conscience de l’unité divine.
- La défense des idoles. Il est interdit à l’homme de servir des idoles et de participer à un quelconque culte que des croyants rendent à une idole, même s’il n’y croit pas personnellement. Il est défendu de se prosterner devant une idole ou de lui apporter un sacrifice de quelque manière que ce soit, même sous contrainte. Cependant, il n’y a pas lieu de se sacrifier pour le principe de la foi, si ce n’est dans une assemblée de dix personnes réfutant publiquement l’idolâtrie. Il est défendu de baiser une idole, de la nettoyer, de faire quoi que ce soit qui tende à lui rendre honneur. Il est défendu de jurer par le nom d’une idole et de s’intéresser à la manière de rendre un culte à une idole ; car de cette façon, il est possible que l’homme soit influencé par le mal. On n’introduira pas l’idole dans la maison. Il est cependant permis de la briser et de la fracasser pour l’utiliser ensuite à des fins esthétiques.
Quelques autres interdits ont été volontairement acceptés par les descendants de Noa’h :
La défense de pratiquer la magie, c’est-à-dire de faire des prévisions par l’intermédiaire de méthodes tel l’interprétation du marc de café, l’utilisation d’une boule de cristal...
La défense de consulter les présages et de prêter foi à toutes sortes de croyances tel l’horoscope, le fait qu’il convient de commencer telle chose tel jour et non un autre, le chiffre 13 porte-malheur ou bonheur, la crainte du passage d’un chat noir, etc...
La défense de pratiquer l’hypnose et de s’associer ainsi autrui.
La défense d’évoquer les morts et de s’adonner à quelque spiritisme que ce soit.
Parallèlement au commandement de se marier et de procréer, il est interdit de pécher dans une union prohibée, c’est-à-dire d’avoir des relations sexuelles : enter hommes, activement ou passivement ; avec un animal activement ou passivement ; avec une femme mariée, et avec tous les proches suivants : sa mère, sa soeur, il convient d’être prudent également avec sa fille, sa bru, sa belle-mère, la mère de sa belle-mère, la fille de sa femme, la petite-fille de sa femme et avec sa tante, qu’elle soit soeur de sa mère ou de son père. Il n’est pas convenable d’avoir des relations trop affectueuses à l’égard de toutes ces personnes, telles qu’embrassades, étreintes, etc... Il est interdit d’avoir des relations intimes avec une femme non mariée, contre son gré ; de même est-il interdit de détourner une mineure. Les descendants de Noa’h ont accepté de leur propre gré l’interdit des relations hors mariage, ainsi que d’être prudents dans les rapports affectueux tels que les étreintes et embrassades.
" Iov est loué pour le fait qu’il ne contempla jamais une jeune fille de peur qu’il ne subsiste quelque lien avec elle une fois qu’il en aura épousé une autre. Il s’exprime ainsi (Iov 31,1) : " J’avais fait un pacte avec mes yeux : comment aurais-je porté mes regards sur une jeune fille? "
Une femme est considérée comme mariée dès le moment où la liaison est décidée et que sont entreprises des relations sexuelles. Il est cependant indiqué de le faire à travers une cérémonie comme il était d’usage de la faire par le passé : par le versement d’une dote ou par un cadeau. Si les membres d’un couple décident de se séparer, et qu’ils le fassent publiquement, ils sont, selon l’avis de nombreux experts en loi, libre de se remarier. Les relations sexuelles doivent se dérouler de façon naturelle et non de façon contraire à la nature.
Certains disent qu’il est interdit aux descendants de Noa’h d’abîmer leur semence, c’est-à-dire de pratiquer l’onanisme. De même est-il défendu aux femmes d’avoir commerce entre elles. L’homme doit s’habituer à se comporter avec modestie, c’est-à-dire à ne pas se découvrir de façon impudique. Dans la guemara, nous lisons que les femmes mariées se couvraient la tête, et que lorsqu’elles étaient divorcées, elles retiraient leur coiffe pour indiquer leur nouvelle situation. Si quelqu’un est contraint de forniquer, il doit s’efforcer dans toute la mesure de ses moyens d’y contrevenir. Il ne doit cependant pas se faire tuer, à moins qu’il ne soit en public, en présence de dix Juifs ou descendants de Noa’h (c’est-à-dire en présence de dix personnes ne servant pas les idoles.) Au principe de l’interdit de l’inceste appartient aussi le fait d’accoupler des animaux d’espèce différents, de greffer des arbres d’espèces différentes entre eux, ainsi que la castration d’hommes ou d’animaux. Certains ajoutent à ce principe le commandement d’épouser la veuve du frère mort sans postérité, ainsi que des autres parents (proches) de la famille, morts sans postérité, afin de perpétuer leur nom.
3. L’interdiction de tuer un être humain.
Il est interdit de tuer, qu’il s’agissent d’un homme, d’une femme, d’une personne âgée, d’un embryon se trouvant dans le ventre de sa mère, ou même d’une personne malade et en danger à laquelle il ne reste aucune chance de survie, cela même dans le cas où elle demande qu’on lui abrège la vie. C’est pourquoi il est également interdit de réaliser une transplantation d’organes si cela a pour effet de raccourcir la vie du donateur. L’homme n’est pas autorisé à attenter lui-même à sa vie dans l’intention de se suicider, ni à mettre sa vie en danger initialement. Bien au contraire, il doit veiller sur sa vie et se préoccuper de son existence, ne pas négliger sa santé, etc... Il n’est pas non plus autorisé à tuer un criminel ou un délinquant, si ce n’est sur instruction du tribunal. Si un homme est poursuivi par un autre homme et qu’il peut se défendre sans être obligé de frapper mortellement celui qui veut attenter à sa vie, il lui est interdit de le frapper mortellement. Si cependant il n’a pas la possibilité de se protéger par la fuite ou par quelque autre manière, mais doit frapper mortellement pour sa défense, alors il lui est permis de se sauver lui-même en tuant celui qui le poursuivait ; car " Si l’on vient pour te tuer, lève-toi et prends les devants! " C’est pourquoi, lorsqu’une femme enceinte et son fœtus son en passe de mourir; on sauvera la mère aux dépens du fœtus. Le meurtre d’un ennemis lors d’une guerre est permis lorsque celle-ci est défensive, comme nous l’avons déjà expliqué à propos de l’autodéfense ; une déclaration de guerre offensive n’est cependant pas à envisager, si ce n’est lorsqu’il s’agit de sauver des hommes ayant été attaqués, et dans des cas similaires.
Si quelqu’un est contraint de tuer un être humain sous peine d’être tué lui-même s’il ne le fait pas, cela lui sera défendu et il devra se laisser tuer. Dans le cas de l’encerclement d’un groupe auquel on exige de livrer un homme déterminé faute de quoi tout le groupe sera exterminé, il est cependant permis aux descendant de Noa’h de livrer la personne en question, bien qu’en Israël cela soit défendu. Il est défendu de frapper un individu. Dans le cadre de l’éducation, cela est pourtant admis aux parents et enseignants. En ce qui concerne Israël, cet interdit est néanmoins plus strict.
4. Interdiction de consommer le membre d’un animal encore en vie.
Il est interdit de consommer de la viande coupée à un animal encore en vie, qu’elle provienne de bétail ou de volatile. Il est d’usage d’interdire également le sang d’un animal encore en vie. Si cependant du sang s’échappe d’entre les dents à cause de la nourriture, celui-ci n’est pas interdit. Un animal mort de façon naturelle est permis par les uns, défendu par les autres qui disent qu’il doit être tué de façon particulière : ils sont d’avis qu’il n’est d’autre façon correcte de tuer un animal à fin de la manger si ce n’est en lui tranchant la gorge. De cette manière la circulation sanguine est interrompue et tout lien entre le cerveau et le coeur est supprimé ce qui fait que l’animal ne ressent plus aucune douleur. Cela est préférable à l’électrochoc, car il arrive que de nombreuses fois l’animal souffre intensément du fait que le choc électrique n’abolit pas la douleur. De plus à travers cette méthode, le foi, les poumons et le reste des entrailles étant en rapport avec l’œsophage et la trachée artère sont interdits à la consommation car considérés comme retirés d’un animal encore vivant. Un animal dont les membres étaient branlants durant sa vie est interdit par les uns, permis par les autres. De la viande provenant d’un animal vivant et cuite avec un autre aliment auquel il communique son goût, rend cet aliment interdit. S’il y a doute au sujet de la provenance de la viande d’un animal vivant ou bien mort certains la permettent. Tous les peuples acceptent l’interdiction de consommer de la viande humaine. A ce principe appartient le devoir de miséricorde à l’égard des animaux : ne pas les faire souffrir, si ce n’est par utilité pour l’homme comme dans le cas des travaux des champs ou d’expériences médicales justifiées, etc...
5. Interdiction de blasphémer.
Il est interdit d’injurier D. ou de dire des choses dédaigneuses à son égard. Dans ce principe est compris le respect dû à l’enseignement divin et aux livres qui la contiennent. Il est interdit à l’homme de fonder une religion nouvelle, particulièrement lorsqu’il prétend l’avoir reçue de D. ; il émet alors de fausses prophéties, ce qui est strictement défendu. Il est ordonné à chacun d’étudier les commandements qui lui sont assignés, c’est-à-dire les sept commandements avec leurs particularités, ainsi que le reste des devoirs qui incombent à chaque individu. Parallèlement à cela, il est interdit d’étudier certaines parties de la Torah particulières à Israël.
Il est défendu à l’homme de voler quoi que ce soit à son prochain, même si ce n’est que de valeur insigne ; de toute chose en fait dont le propriétaire prend soin et sur quoi il veille.
C’est un commandement que de ne pas différer le paiement du salarié (afin de l’exploiter.) De même est-il défendu au salarié de manger ce dont il s’occupe sans autorisation du propriétaire à moins que la loi ou le contrat de travail ne le permette. Il est également interdit de soustraire des droits de douane ou des taxes à l’État ; de nuire aux biens et au corps d’autrui ; d’exploiter frauduleusement une affaire commerciale ; la justice divine condamnant de telles actions. L’emprunteur doit payer les dommages causés au débiteur. On n’est cependant pas obligés de rendre un objet trouvé à moins que la loi de l’État ne l’exige. Lorsqu’un pays en conquiert un autre lors d’une guerre, le butin acquis selon les lois de la guerre reste au conquérant, il n’est pas considéré comme vol et ne doit pas être rendu. Il est interdit de convoiter les biens d’autrui comme de réfléchir au moyen de se procurer des biens de façon interdite. Le principe de l’interdit du vol inclut la défense d’étudier les parties de l’enseignements destinés à Israël uniquement.
7. L’obligation de rendre justice.
Il faut nommer des juges qui jugent la communauté dans toutes les affaires de droit civil, et lui imposent l’observance des sept commandements. Rendre justice est une obligation pour tous les hommes du fait que tous ont des devoirs communautaires. Les juges doivent rendre justice à l’aide de lois intègres composées dans le pays même. Certains sont d’avis qu’il faut juger selon les lois de la Torah d’Israël. Il est interdit à un juge de se laisser soudoyer ou de faire pencher un jugement d’un côté ou d’un autre. Chacun doit s’adresser au tribunal et non pas faire justice lui-même. Au principe de cet interdit est ajouté la défense d’observer le chabbath.
8. L’interdiction d’observer le repos chabbathique et le chabbath des descendants de Noa’h.
Selon le Rambam, cet interdit provient de la tentation de créer, à travers l’observance chabbathique, une nouvelle religion. D’après lui, il est permis à un descendant de Noa’h de respecter le chabbath s’il a conscience du fait qu’il ne l’observe pas comme un devoir qui lui est imposé. Philon rappelle toutefois que de nombreux peuples au monde ont été intéressés par le repos chabbathique et ont été tentés de l’observer. Rachi pense cependant que les descendants de Noa’h ont comme tâche de développer le monde, et que s’ils cessent de le faire — ne serait-ce que pendant le chabbath — ils s’écartent de leu vocation.
Selon lui, il n’y a donc pas lieu de l’observer, même s’il n’y a aucun lien avec la création d’une nouvelle religion. Il est toutefois permis à l’homme de se reposer s’il en ressens le besoin, et de s’arranger un jour de repos, à la condition toutefois qu’il ne le fasse pas pour des raisons religieuses. Il est également permis à l’homme qui désire percevoir quelque chose du chabbath d’en faire un jour d’étude ou de repos au sein de la nature où il pourra contempler les créatures et penser au Créateur de la nature ; cela toutefois une fois qu’il aura accompli un "travail" comme par exemple la cuisson du petit déjeuner ou l’allumage d’une lumière, afin qu’il ne considère pas comme n’ayant pas "travaillé" ce jour-là. Dans un des ses articles ayant pour sujet les avantages du chabbath, Erich Fromm s’exprime ainsi : " Le chabbath symbolise une situation harmonieuse entre l’homme et la nature, et entre les hommes. A travers le "non-travail", qui signifie le refus de prendre en charge la transformation du développement naturel et social des choses, l’homme se libère de l’enchaînement naturel comme des chaînes du temps, même si ce n’est que pour un jour. " La pleine signification de cette idée peut se saisir à travers la conception de l’écriture du rapport de l’homme avec la nature : Avant la chute du premier homme, c’est-à-dire avant qu’il ne soit une créature "connaissant le bien et le mal", il vivait en parfaite harmonie avec la nature. La première désobéissance lui "ouvrit les yeux", de telle façon qu’il sut la différence enter le bien et le mal ; il devint conscient de lui-même, conscient de son prochain à qui il ressemble, mais de qui il diffère pourtant par une particularité propre à chacun ; conscient du fait que même si des liens d’amour les unissent, ils restent cependant solitaires. Cela représente le début de l’histoire humaine, c’est-à-dire la malédiction? En l’hostilité et la lutte ouverte entre homme et animaux : " La haine régnera entre toi (le serpent) et la femme, entre ta postérité et la sienne : celle-ci te visera à la tête, et toi tu l’attaqueras au talon " (Beréchith 3, 15) ; entre l’homme et la terre : " Maudite est la terre à cause de toi, c’est avec effort que tu en tireras de la nourriture tant que tu vivras ; elle produira pour toi des buissons et de l’ivraie et tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retournes à la terre d’où tu as été tiré " (Beréchith 3, 17 - 19) ; entre l’homme et la femme : " La passion t’attirera vers ton époux, et lui te dominera " (verset 16 ; et entre la femme et ses fonctions naturelles : " C’est avec douleurs que tu enfanteras " (verset 16). La rupture individualiste modifia l’harmonie originelle en conflit et en lutte. Quel est depuis lors — aux yeux des prophètes — le but de l’homme? C’est de se repentir et de vivre en harmonie avec son prochain, avec le monde vivant comme avec la terre et la nature inanimée. L’harmonie nouvelle sera différente de celle du jardin d’Éden : il incombe à l’homme de l’atteindre à travers le développement de son caractère, par le fait d’être intègre, connaissant la vérité et pratiquant la justice ; il y parviendra par le développement de sa force intellectuelle et son application à l’affranchissement de l’asservissement de l’homme par l’homme, comme de son asservissement à des passions indésirables. Les descriptions prophétiques abondent en symboles à ce propos : " De nouveau, la terre donnera ses fruits en abondance " ; " Du glaive, on forgera des bêches " ; Le loup habitera en pais avec l’agneau " ; Il n’y aura plus de guerre " ; La femme enfantera sans douleur " (Talmud) ; " L’humanité sera unie dans la vérité et dans l’amour. " Cette harmonie renouvelée représente la perfection qui réalise le but du développement de l’histoire humaine, but symbolisé dans la stature du messie. Considéré ainsi, il devient possible de saisir pleinement la signification du chabbath et de ses lois : il est par exemple interdit à celui qui respecte le chabbath d’arracher ne serait-ce même un brin d’herbe, ou de transporter un mouchoir d’un domaine à un autre, bien que cela n’ait rien à voir avec une quelconque difficulté du "travail". Bien qu’il ne soit pas permis à un non-juif de respecter le chabbath comme le font les Israélites, il lui est cependant permis de se servir de l’idée du chabbath dans un but éducatif, ainsi que discuté plus haut. Le chabbath est comme un émissaire de l’époque messianique, celle-ci étant appelée ; " Jour qui sera pleinement chabbath. " Le chabbath est une particularité du peuple d’Israël. Nous constatons pourtant que les chrétiens commencèrent à l’observer ; ils passèrent toutefois ensuite au dimanche. De même en est-il des musulmans qui commencèrent à l’observer, mais passèrent ensuite au vendredi. Seul Israël conserve le chabbath comme le mentionnent les auteurs de la prière conçue il y a déjà 2300 ans, et que nous disons le matin du chabbath : " Tu ne l’as pas donné aux peuples de la terre et ne l’as pas transmis aux idolâtres..., mais c’est à Israël ton peuple qu’avec amour tu l’as donné. " Il est de toute façon possible à tout homme au monde de se joindre aux observants du chabbath ; il en est même qui disent que tout descendants de Noa’h est de fait considéré comme "résidant étranger" (non pas comme prosélyte, qui lui est un converti et qui, comme tout juif, est obligé d’observer les commandements), il doit observer le chabbath, et ne doit effectuer de travaux des champs. (Rachi : commentaire de Yevamoth 48.) D’autres disent même que tout travail lui est interdit, et lui autorise uniquement les travaux relatifs à la préparation de la nourriture tels que la cuisson ou le pétrissage de la pâte et l’allumage de lumières ; c’est-à-dire les travaux permis à Israël lors d’un jour de fête... (Guemara, Keritoth 9a.) Parce que le chabbath constitue un élément essentiel pour la foi en le fait que D. créa le monde et se reposa le septième jour, raison pour laquelle il faut observer le chabbath ; et parce que tout descendant de Noa’h est astreint à croire en D., il devra en conséquence observer également le chabbath qui constitue la base de la foi. Le rabbin Raphaël Samson Hirsch explique dans ses écrits (Versammelte Schriften, volume 1, page 175) que le repos chabbathique est témoin de l’œuvre du Créateur : " Le Créateur qui conçu le monde imposa une limite à son développement " ; " Et il acheva les cieux et la terre ", signifie qu’il délimita le monde ; c’est pourquoi D. est également appelé "Cha-daï", qui signifie qu’il dit au monde "daï"! (Assez) (Midrach Beréchith Rabba, section 46.) L’achèvement du monde signifie qu’aucune nouvelle créature ne sera plus créée, il n’y a aucune nouvelle loi naturelle. Exprimons cela dans une conception noble de la chose : " Le chabbath actuel de la création! " En lui se révèle quelque chose du Créateur, plus que dans l’existence même des cieux et de la terre. A D. ne plaise que la création du monde soit le fruit de la rencontre de contingences physiques ainsi que l’enseignent les matérialistes de tout temps! Si elle n’était l’œuvre d’une libre volonté puissante et toute-puissante, et que le monde ne devait son existence qu’à des forces naturelles agissant en son sein, pourquoi alors le chabbath règne-t-il sur la création depuis des milliers d’années? Pourquoi leur action ne dure-t-elle pas si leurs causes continuent d’exister? Qui a imposé une limite à leur efficacité? Qu’est-ce qui fait se développer ou se réfréner leur action? Depuis le grandiose événement que représente la formation, pour la première fois, de la pensée humaine, il ne fut créée de créature nouvelle, et la création se repose ; c’est la puissance du chabbath qui règne sur l’univers. Cela démontre qu’avant le chabbath, eut réellement lieu un ouvrage de réflexion, tout puissant, réalisé d’après une volonté dirigée et intentionnelle. Le monde n’est pas la conséquence physique de la rencontre de forces naturelles agissant selon une conscience aveugle, mais l’œuvre éthique du Créateur tout puissant qui créa son monde selon sa volonté et avec un travail de réflexion et une intelligence suprême.
Il convient à tout homme de prier D. en tout temps, particulièrement lorsqu’il se trouve en détresse, ou qu’il a besoin de secours. Qu’il se tourne alors vers D. avec des mots simples, tel un fils exprimant une demande à son père, ou à l’aide des prières du psalmiste s’accordant à ses besoins. Qu’il ne prie D. seul, non pas un ange ou quelque autre être au monde. Il est bon de dire matin et soir le verset : " Écoutes Israël, l'Éternel notre D., l'Éternel est UN! " (Chema Israël, Adonaï élohénou, Adonaï è’had) pour fortifier en son coeur, la foi en l’unité divine. De même convient-il, en cas de réussite, d’exprimer sa reconnaissance avec des psaumes de louange tirés du livre des psaumes.
Il convient à tout homme de s’efforcer d’aider autrui ; même à notre époque où le gouvernement se préoccupe de l’assistance sociale, il y a moyen pour chacun d’aider son prochain : par des paroles agréables, l’encouragement et un agréable accueil, la visite de gens délaissés, l’assistance par le prêt d’objets ou d’argent. Afin de ne pas craindre la détérioration des objets prêtés, il est possible d’acquérir certaines choses de première nécessité uniquement dans le but de les prêter et d’éviter ainsi toute réticence au prêt. En ce qui concerne l’aumône, il est bon de soutenir ses proches ou ses amis ou quiconque à besoin d’un soutien financier. Certains sont d’avis qu’il faut prélever jusqu’à dix pour cent du revenu net pour les besoins de l’aumône.
11. L’interdiction du parjure.
Il est défendu à l’homme de jurer en vain, et chacun doit réaliser ce qu’il a juré de faire. Tout homme doit s’efforcer de ne dire que la vérité. Les sages disent que la vérité constitue le "cachet" divin, et qu’à travers la vérité, l’homme se rapproche de son Créateur. La notion de vérité est très importante, il est néanmoins possible de falsifier ses dires dans le but de préserver quelqu’un d’une perte, d’un dommage ou de la honte. On s’exprimera alors dans un langage équivoque au possible, mais uniquement si par ce biais on ne cause pas de dommages à une tierce personne. Il n’est pas convenable d’inviter quelqu’un lorsqu’on sait qu’il ne désire pas manger, et que l’invitation n’a pour but que de faire croire que l’on se soucie de la personne en question (a moins que le but n’en soit de faire en sorte que la personne se sente réconfortée par le fait que quelqu’un se préoccupe d’elle.)
" Une heure de pénitence et de bonnes œuvres dans ce monde est meilleure que toute la vie future ; mais une heure de béatitude dans l’autre monde est meilleure que toute la vie présente. " (Pirké Avoth 4, 22.)
Pourquoi cependant accorder tant d’importance à ce monde s’il ne constitue qu’un "vestibule", une station de passage pour le monde véritable qui est à venir, monde de la proximité divine, de l’éternelle joie et de la perfection de la création? Pourquoi dit-on qu’un heure de plénitude et de bonnes œuvres dans ce monde vaut mieux que toute la vie du monde future? Chemin et but ne sont-ils pas intervertis? Il s’agit en fait de servir D. non pour la récompense future, mais ici et maintenant pour le fait en lui-même ; ce pourquoi la conduite de notre vie en ce monde est particulièrement valorisée. Le psalmiste prie D. et lui demande " Accorde tes bienfaits à ton serviteur pour que je vive et observe tes paroles. " (Téhilim 119, 17) Vivre et observer la parole de D., voilà ce qui est plus précieux que tous les délices du paradis.
Le monde est un monde d’action et de travail ; le monde à venir, un monde de rétribution. Le vrai serviteur de D. se réjouit davantage à son service qu’à la réception du salaire.
" Tu dois cesser de donner à ton âme éternelle la prépondérance sur ton corps périssable, et de n’accorder qu’à elle ton attention. Tu ne dois pas négliger les besoins de ton corps, ne pas le charger, ni l’affaiblir. Un tel comportement conduirait à porter préjudice aux deux, à l’âme comme au corps. Donnes à ton corps la nourriture qui lui assure sa force, et à ton âme, sagesse et exhortations morales en abondances. "
Comparons la conception des deux mondes par la Torah, avec les opinions soutenues par d’autres religions. Nous constatons que les musulmans considèrent "l’au-delà" comme une sorte "d’ici-bas" amélioré dans lequel les jouissances corporelles sont placées au premier plan. Maïmonide objecta que la rétribution du monde à venir se rapporte à la partie spirituelle de l’homme et non aux besoins du corps mortel. (Michné Torah, Techouva 9, 6) Les chrétiens comprirent d’une part la réalité spirituelle du monde à venir, mais méconnurent d’autre part l’importance de ce monde-ci. Selon la conception chrétienne, le monde est source de mal, et le royaume de D. n’est pas de ce monde. Pour cette raison un chrétien pieux doit se séparer de ce monde. La conception de la Torah — enseignée véritablement par D. à travers ses prophètes et ses sages — nous révèle que ce monde n’est en aucune façon la source du mal, au contraire ; il n’y a rien en ce monde qui n’est de dimension spirituelle. Ce monde n’est ni plus ni moins que "le vestibule du salon", vestibule du monde à venir, qui sera entièrement de spiritualité et de sainteté. Parler de rémunération matérielle serait ici hors de propos et ridicule. La rétribution véritable consiste en le rapprochement et l’attachement à D. lui-même ; il n’est de plus profond accomplissement. Le service de l’homme dans le "vestibule" constitue la "carte d’entrée" du "salon" ; bien plus : il permet à l’homme de goûter — déjà en ce monde de bassesse — à la splendeur du monde à venir. Il faut certes éviter de s’engager dans ce monde de façon à ne voir sens et but qu’en lui ; de façon à en faire pour ainsi dire, une fin en soit ; si l’on y aspire à la vie éternelle, il est cependant juste et bon d’y vivre.
Un "vestibule" est un "vestibule", un "salon" est un "salon" ; cela signifie que la vie de l’homme parfait est liée à un bâtiment se composant de deux parties ; l’une comme l’autre est nécessaire à l’intégralité du bâtiment, et aucune ne sera érigée sur les ruines de l’autre.
... Même si la Torah se taisait, la vision de la création ne te parle-t-elle pas? Ne le perçois-tu pas en toi-même? L’homme n’est-il pas également créature de D., n’est-il pas également serviteur de l'Éternel? Tous tes ossements sont créatures de l'Éternel, il les forma, les constitua en ton sein et leur insuffla force et vie ; ton esprit, un monde le remplit, lui aussi est serviteur de l'Éternel ; ta personnalité, étincelle divine ; elle façonne sa broderie" en ce monde si infime, commande au corps et à l’âme, elle est une part du D. d’en-haut. Honore-toi en tant que créature divine ; face au ciel et à la terre, aux yeux de la grande assemblée des serviteurs de l'Éternel, toi aussi, invoque avec crainte et ferveur le nom divin et exprime ta vocation en ce monde ; serviteur de l'Éternel.
... Si toute les créatures, grandes comme petites, ont été créées par l'Éternel pour faire leur travail à l’endroit qui leur est assigné, selon les lois de l'Éternel — recevant pour pouvoir donner — est-il concevable que l’une d’entre elles soit née pour recevoir uniquement? Pour se remplir le ventre avec tout ce qui lui vient sous la main? Est-il concevable qu’elle n’ait aucune vocation dans ce monde? Aucune fonction à remplir? Qu’elle soit née uniquement pour tout engloutir en elle et tout anéantir? L’univers entier, avec tout ce qui le remplit, est au service de l'Éternel, et l’homme seul serait son propre serviteur? Non, cela est impossible. Ta propre conviction intime te le confirme, et la Torah l’enseigne : " Image de D., c’est à l’image de D. qu’il le créa " (Bérechith 1, 27). Il est donné à l’homme d’être à "l’image" de D. et à sa "hauteur" plus que toute autre créature ; et plus que toutes, il a été créé, non seulement pour jouir et souffrir, mais pour reconnaître le Créateur par des actes d’amour et de justice. Tout ce qui t’appartient, esprit, corps, fils, fille, propriété, animaux, chaque capacité, toute force, tout sert de méditation pour la réalisation de tes œuvres : pour l’édification et la conservation, pour préserver et soutenir toute chose dans l’amour et la justice. La terre ne t’appartient pas, considérer toute créature comme créature divine, créature sœur ; de l’aimer et de l’aider par l’accomplissement de ta vocation, selon la volonté de l'Éternel. Tu dois également, fils d’Adam, te soumettre aux mêmes lois auxquelles obéissent — bien que sans conscience ni volonté — toutes les forces de la nature ; quant à toi il t’est donné de pouvoir te prosterner devant l'Éternel en pleine connaissance de cause et selon ton libre arbitre. La force et l’intelligence nécessaire à la conception de ton entité de créature de l'Éternel sont entre tes mains; il t’est donné le pouvoir de sanctifier au service de l'Éternel.
C’est en ton cœur et en ton esprit que tu peux saisir le sens de ta vocation. La vision des serviteurs de l'Éternel qui autour de toi font sa volonté, la perception intime des forces qui t’appellent toi aussi à agir, ne t’encouragent-elles vraiment pas toi aussi à désirer faire irruption dans ce grand chœur qui s’exclame : " Nous ferons et nous entendrons! " et à dire à ton tour : " Me voici désireux de faire la volonté de l'Éternel, me voici désireux d’entendre ; oui je veux faire, et j’aspire à comprendre le sens des commandements afin de pouvoir les mettre en pratique en pleine connaissance de cause et en pleine liberté de conscience! " C’est pour cette raison que tu es le serviteur au rang le plus élevé dans le chœur des serviteurs de l'Éternel.
Sauer Daniel.
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